Interview IBODE: Grève au bloc opératoire à Chalon-sur-Saône.

En grève depuis le mois de décembre, les Infirmier(e)s de bloc opératoire et tout le personnel du service sont déterminés à poursuivre le mouvement jusqu’à obtenir gain de cause.

Nous vous proposons une interview IBODE exclusive.

La parole et la prise de position semblent s’affirmer et se renforcer à travers cette mobilisation.

Explications :

  • Corporation-ibode : Pouvez-vous nous rappeler les raisons qui ont poussé le bloc opératoire de Chalon-sur-Saône à se mettre en grève?
  • IBODE Chalon : Les raisons sont bien-sûr multiples. Pour comprendre la situation, nous sommes dans un établissement qui a connu en trois ans une augmentation de l’activité de trente pour cent, dont sept pour cent cette année. Nous avons neuf salles dont une salle d’urgence et une de césarienne. Rajoutons aussi une salle de soins externes. Nous frôlons aujourd’hui les dix milles interventions à l’année. Nous sommes déjà sous pression par nos responsabilités professionnelles, le stress du travail etc…Aujourd’hui, l’administration nous demande de faire encore plus et toujours plus pour combler un déficit orchestré par une ignoble politique de santé. Nous refusons clairement d’industrialiser nos pratiques dans un but financier. Nous sommes soignants et prônons la qualité et non la quantité. De plus, notre administration poursuit son plan économique en nous supprimant trois RTT, en excluant notre temps de repas et en voulant plus valider nos heures supplémentaires (sauf cas exceptionnels ). Elle supprime également des postes clés notamment chez les brancardiers et dans le service du bio-nettoyage. Nous nous retrouvons donc en manque et devons palier à cela en ramenant ou en allant chercher les patients dans les services et effectuer le bio-nettoyage au bloc. Sans compter tous les dysfonctionnements auxquels nous devons faire face chaque jour notamment matériel. Trop c’est trop ! Nous avons donc décidé, tous ensemble, d’un commun accord IBODE, IDE, IADE et ASH de poser un préavis de grève illimité.
  • CI : L’ensemble du bloc opératoire est-il entièrement mobilisé dans ce mouvement ?
  • IBODE Chalon : La majeure partie du bloc est mobilisée donc environ quatre-vingt quinze pour cent des agents. Nous n’avons malheureusement pas tous les mêmes convictions et priorités. Cependant, nous sommes extrêmement solidaires.
  • CI : Avez-vous le soutien des Chirurgiens et de votre Hiérarchie dans cette action?
  • IBODE Chalon: Pour être franc, les Chirurgiens ne se prononcent pas et ne sont pas derrières nous. Ils s’arrêtent au fait que la grève n’est pas une solution et qu’elle est contre productive. Ils sont malheureusement dans la production aujourd’hui à cause du système de santé et de moins en moins sur la qualité des soins. C’est un avis et un ressenti personnel bien entendu mais j’espère que les choses évolueront prochainement car dans nos revendications nous souhaitons un espace d’échanges avec chaque catégorie professionnelle afin de partager ensemble sur notre situation. Concernant notre encadrement, elle a et à notre plus grand regret un certain penchant plus favorable envers l’administration plutôt que notre équipe. Cela n’engage encore que moi évidemment.
  • CI : Comment s’organise concrètement votre mouvement au quotidien?
  • IBODE Chalon: Nous avons fait le choix de faire grève un jour sur deux. Ceci s’explique par le fait que si nous posions un préavis de grève pour chaque jour, l’administration aurait pu décider de réquisitionner un nombre plus important de personnel. Nous nous organisons entre IBODE et IADE pour que chaque jour un corps de métier fasse grève et bloque une salle. Donc soit nous débrayons matin et soir ou plusieurs fois dans la journée soit nous faisons grève jour entier.
  • CI : Quelles sont les organisations représentatives de la profession qui vous épaulent et accompagnent dans ce mouvement ?
  • IBODE Chalon: Aucune organisation n’est venue à ce jour nous contacter pour nous soutenir. Nous sommes seuls face à notre administration. Mais nous sommes unis et c’est cela notre force. Exprimer un soutien sur les réseaux sociaux c’est plutôt simpliste et facile. Nous avons besoin sur le terrain d’un soutien physique et morale. En ces temps difficiles, ce serait le moment de gagner plus d’adhérents…
  • CI : Êtes-vous prêts à faire durer ce mouvement dans le temps ?
  • IBODE Chalon: Nous sommes dans les négociations et sommes déterminés à obtenir gain de cause. Cela fait dix-huit jours que nous sommes mobilisés et nous ne lâcherons rien, nous irons jusqu’au bout. Nous avons une force inestimable car nous avons le soutien des patients ! Nous avons énormément fait de tracts lors de nos jours de grève et discuté de nos conditions avec eux. Tous nous soutiennent et c’est très important pour nous. Car ce combat c’est aussi et avant tout pour les patients, pour leurs prises en charges et ils en sont conscients et reconnaissants.
  • CI : Les assignations et réquisitions ont-elles été faites pour assurer la continuité des soins dans le respect du cadre réglementaire?
  • IBODE Chalon : Nous faisons respecter à la lettre notre protocole de grève. Nous l’avons récupéré auprès de nos organisations syndicales locales et nous l’avons fait remonté à nos Cadres. Nous y veillons quotidiennement en listant les assignés.
  • CI : Une dernière question, que souhaitez-vous exprimer et partager à la communauté IBODE?
  • IBODE Chalon : Il est temps que chaque soignant participe à la remise en l’état de notre système de santé. Nous ne pouvons plus continuer comme cela. Trop de mal et de souffrance ont été commis pour que nous restions les bras croisés et de simples spectateurs. Ne rien faire et dire c’est cautionner et collaborer à la destruction de nos conditions. Être un bon soignant ne veut pas dire être seulement bon techniquement, intelligent etc…Nous avons une responsabilité encore plus importante qu’est celle de garantir que nos conditions de travail ne se dégradent plus. Sans quoi nous rentrerons à la maison avec l’impression d’avoir mal fait notre job. Actuellement nous ne pouvons pas être satisfait de cela. Ne gardons plus notre colère en nous, exprimons la. Nous sommes très nombreux c’est une force dissuasive ! Nous les IBODE sommes une pièce maîtresse et indispensable au sein des blocs opératoires. Bougeons-nous! organisons-nous! Personne ne le fera pour nous et à notre place. Nous sommes maîtres de nos destins et faisons en sorte de l’éclaircir, pour nous, pour nos patients.

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