Interview de Madame DEQUIDT-MARTINEZ Aline, Présidente de l’AEEIBO.

Rencontre avec Madame DEQUIDT-MARTINEZ Aline, Présidente de l’Association des Enseignants des Ecoles d’Infirmiers de Bloc Opératoire (AEEIBO)

Ce mois de novembre a été particulièrement mouvementé pour la profession.

En effet, la DGOS a reporté la date d’application du 1.b) de notre décret d’actes à juillet 2019.

La colère, l’incompréhension et la déception des ibode sont fortes à ce jour et à juste titre.

La parole semble se libérer peu à peu, ce qui est de bonne augure pour notre métier.

Nos associations UNAIBODE et AEEIBO ont publié plusieurs communiqués à destination des professionnels pour rappeler qu’il ne s’agissait pas d’un arrêt dans la quête de notre exclusivité de compétences mais plutôt d’un réajustement.

Nous savons tous que les pressions et contraintes environnantes à de telles avancées sont des obstacles difficiles à franchir.

Il est important de soutenir et nous fédérer autour de nos associations pour démocratiser l’information concernant notre métier et les accompagner activement dans cet objectif commun.

Ils nous semblent, parfois, qu’elles puissent agir de façon isolée dans certaines décisions,

Elles ont entendu notre message, preuve qu’elles sont à l’écoute et mobilisées pour améliorer la communication.

Mais nous devons aussi nous montrer engagés, impliqués et soucieux du travail accompli.

De nouveaux défis sont à relever, prochainement la ré-ingéniérie de notre diplôme avec l’obtention du niveau Master.

Restons unis et mobilisés pour que le mot « report » soit définitivement banni des réunions sur l’avenir de notre profession.


Madame DEQUIDT-MARTINEZ, Présidente de l’AEEIBO, inaugure notre rubrique interview mensuel d’une personnalité marquante de la profession ibode.

Elle est engagée depuis de nombreuses années dans la valorisation et promotion de notre spécialité.

Malgré son emploi du temps très chargé, elle s’est prêtée volontiers à notre jeu des questions/réponses.

Nous la remercions,

Confraternellement,

Corporation IBODE

 


INTERVIEW

Corporation IBODE – Bonjour Aline, avant toute chose peux-tu te présenter aux membres de Corporation IBODE. Quel a été ton parcours professionnel jusqu’à ton poste de directrice de l’Ecole d’IBODE de Lille?

DEQUIDT-MARTINEZ Aline – Titulaire d’un BAC C (S actuel), j’ai fait mes études d’infirmier à la Croix Rouge à BÉTHUNE (Pas de Calais) puis pris un poste au bloc opératoire du centre hospitalier de cette même ville.
Après une expérience de bloc opératoire de 3 ans, j’ai suivi la formation d’infirmiers de bloc opératoire à l’école d’Ibode d’ARGENTEUIL (val d’Oise) qui a été fermée en 2006.
DIX mois après avec le diplôme en poche, j’ai réintégré le bloc opératoire du CH de BETHUNE.
Au bout de 4 ans d’exercice en tant qu’Ibode, la cadre supérieure du bloc m’a proposé de me présenter à l’école des cadres. Je n’étais pas très partante car je savais qu’à l’issue de la formation je ne serais pas affectée au bloc, le poste étant occupé.
La cadre supérieure a insistée et je suis partie pour suivre la formation de cadres de santé au CHU d’AMIENS (Somme)
Lors de mes études, j’ai rencontré le DRH de l’Institut Calot à BERCK (Pas de Calais) qui m’a proposé un poste au bloc opératoire et stérilisation. Le choix était vite fait car le « virus » du bloc est plus fort que tout !! La cadre supérieure du bloc, avait eu raison de me pousser pour faire cette formation.
A mon retour d’AMIENS, j’ai démissionné du CH de BETHUNE pour prendre le poste de cadre de santé du bloc et de la stérilisation à l’institut Calot à BERCK SUR MER.
En poste depuis six ans et par un concours de circonstances, j’ai appris qu’une école d’infirmiers de bloc opératoire allait s’ouvrir sur la demande de la DRASS, et qu’il fallait un cadre de santé Ibode pour en prendre la direction.
J’ai saisi cette opportunité, quitté l’Institut Calot fin mai 1991 et ouvert l’école d’IBODE de LILLE en 1991 avec une première promotion de 21 élèves en septembre 1991. Tout était à faire, d’autant plus que cette école avait un statut unique d’association loi 1901.
Consciente de cette singularité, je me suis rapprochée de la directrice de l’école d’ARGENTEUIL pour m’imprégner de l’organisation et du fonctionnement d’une école d’infirmiers de bloc opératoire.
Sans support hospitalier, sans proximité d’un IFSI, et pour ne pas être isolée et pouvoir partager les idées j’ai, dans le même temps, adhérée à l’AEEIBO, l’association des enseignants des écoles d’infirmiers de bloc opératoire.
5 ans après, j’ai suivi la formation de « directeur d’écoles paramédicales » qui dépendait de l’EHESP mais qui était organisée soit à PARIS soit à LYON. Cette formation, en alternance, était obligatoire pour les directeurs des écoles publiques avec une admission sur concours.
Je voulais que l’école de LILLE soit identique aux écoles publiques et c’est ainsi que j’ai intégrée (sans concours) la formation à l’institut International Supérieur de formation des cadres de santé à LYON.
Depuis, je dirige cette école et formé 627 IBODE en 25 promotions. Nous avons actuellement 44 étudiants en 1ère année et 30 en 2ème année.

C.I. – L’évolution du métier d’IBODE demande également aux écoles de se mobiliser afin d’assurer tous les aspects de la formation. Comment cela se concrétise-t-il dans ton école?

D-M.A. – Les nouveaux actes attribués aux Ibode se situent dans le champ médical avec une gestuelle précise qui demande un entraînement régulier. En école, la méthode pédagogique la plus adaptée à cet enseignement est la simulation en santé.
Cette méthode pédagogique comporte plusieurs exigences :
• Les locaux : Nous avons une petite salle d’intervention qui nous permet de mettre en situation une équipe pour une intervention.

• Le matériel
Dans la simulation, nous trouvons :
– Les mises en situations d’intervention avec des scénarii écrits, effectués, filmés et débriefés ;
– L’entrainement aux gestes avec des simulateurs individuels et des matériels permettant l’apprentissage de la suture, des nœuds mais aussi la gestuelle en 3D.
L’école a réalisé des investissements importants en équipements, dispositifs médicaux et dispositifs médicaux stériles pour pouvoir réaliser les scenarii et permettre les entrainements sur simulateurs lors des périodes de cours ou de formation.

• La formation des formateurs.
Pour mettre en place cette méthode pédagogique, il est indispensable que les formateurs soient formés et titulaires d’un Diplôme D’Université « pédagogie active en simulation en sciences de la santé ».
A ce jour un formateur est formé, le deuxième arrivé en septembre 2016 est inscrit pour le DU de 2018, et le troisième arrive en janvier 2018 et devra s’inscrire à la session 2019.

C.I. – Demain, la mise en place des actes exclusifs vont bouleverser les organisations des blocs opératoires avec de nombreuses incertitudes. Est-ce que ces difficultés de terrain sont abordées durant la formation afin de sensibiliser les futurs diplômés? Quelles sont les principales interrogations de ces professionnels?

-D-M.A. – Les difficultés de mise en place des actes exclusifs sont très différentes d’un établissement de santé à l’autre au regard du nombre d’Ibode en poste.
Je rappelle que les écoles d’IBODE existent depuis 1971, celle de LILLE depuis 1991.
Je peux remarquer que les établissements ayant adopté un plan de formation annuel de formation des Ide en bloc depuis l’ouverture de l’école, sont actuellement à un taux approchant les 90% d’Ibode.
Ces établissements ont également suivi la réglementation et ont planifié la formation «49h » de leur Ibode en poste.
Ces établissements n’ont pas de problème d’organisation

Pour les autres, il y existe bien deux niveaux de difficultés :
• Le nombre d’Ibode dans les blocs à former aux actes exclusifs
L’école de Lille a voulu répondre très vite à cette problématique.
– Concernant les étudiants Ibode :
o Ils ont été formés dès avril 2015 pour la promotion 2013-2015, après avoir eu les résultats du DEIBO.
o Pour les autres promotions, les enseignements ont été inclus dans la formation Ibode par l’arrêté du 12 mars 2015 modifiant l’arrêté du 22 octobre 2001 relatif à la formation conduisant au diplôme d’État d’infirmier de bloc opératoire.
– Concernant les Ibode en poste, nous avons planifié en :
o 2015 : 2 sessions
o 2016 : 5 sessions
o 2017 : 6 sessions
o et pour les années suivantes jusque 2020: 6 sessions par an
Pour la fin 2017, nous aurons formé 413 Ibode venant du Nord et Pas de Calais pour la grande majorité.

• Le nombre d’Infirmiers affecté aux blocs à spécialiser pour obtenir le Diplôme d’Etat d’Infirmiers de Bloc Opératoire

Pour pouvoir répondre à la demande, l’école de Lille a demandé une augmentation de la capacité d’accueil qui est passée de 30 (agrément en 2015) à 45 en 2017 ; la promotion 2016-2018 est de 30, celle de 2017-2019 est de 44.
Parallèlement, l’équipe pédagogique s’est lancée dans un projet d’accompagnement VAE pour les infirmiers du groupe RAMSAY (groupe regroupant plusieurs cliniques de la région Lilloise) et projette de proposer un accompagnement pour les autres établissements de santé.
La planification des jurys VAE relève de la DRJSCS de la région des Hauts de France.
Pour revenir à la question, les textes règlementaires sont étudiés par les étudiants pendant la formation mais leur application dans les blocs opératoires reste du domaine et de la responsabilité de chaque établissement de santé.

-C.I – Les écoles doivent aussi participer à la VAE, avez-vous eu une aide spécifique pour honorer ce point important en terme de locaux, personnel, matériel?

-D-M.A. – Le cas de l’école IBODE de Lille est particulier puisque nous sommes une association loi 1901. Nous recevons une subvention de fonctionnement annuelle du conseil régional dont le montant est dépendant du bilan financier de la formation Ibode.
N’ayant pas d’établissement support, nous sommes autonomes sur le plan budgétaire. A la rentrée 2016, l’effet « actes exclusifs » arrivant, nous sommes passés d’une promotion de 16 à 30 étudiants.
Nous nous sommes adaptés aux besoins et avons :
– loué une salle supplémentaire, attenante à la salle de cours avec une paroi amovible passant la superficie de l’école de 164 m² à 225 m².
– recruté un formateur cadre Ibode supplémentaire en septembre 2016.
Pour la rentrée 2017-2019, nous avons accueilli 44 étudiants, nous nous préparons à augmenter le nombre d’accompagnement à la VAE et à organiser les parcours des cursus partiels. De ce fait, nous avons recruté un 3ème formateur pour janvier 2018.

-C.I. – En sus des Formations IBO et VAE les écoles doivent assurer la formation IBODE49. Comment se déroule cette formation? Peux-tu nous en rappeler les objectifs, les moyens et le délai donnés aux IBODE pour faire cette formation. Combien d’intervenants participent à cette formation dans ton école?

-D-M.A. – La formation des 49heures à l’école de LILLE, organisée en discontinue, comprend une semaine de 5 jours consécutifs et deux jours à distance ;
La 1ère période de cours est centrée sur des cours et des travaux pratiques.
La période de retour chez l’employeur permet aux participants de s’entrainer pour l’apprentissage des nœuds et des sutures, l’école fournissant un kit d’entrainement.
La 2ème période de cours permet de faire vérifier les gestes par les chirurgiens.
Dans cette formation, la simulation en santé reste la méthode pédagogique prioritaire.

-C.I. – On pense souvent que le travail des formateurs s’arrête là à tout ce qui est en lien avec l’école, mais il y a aussi les journées de formation pour les tuteurs de stage par exemple. En quoi cela consiste exactement, Comment s’articulent elles et que demandez qu’attendez-vous à vos de ces tuteurs?

-D-M.A. : Entre la formation initiale, les VAE et les formations aux actes exclusives, l’école à limité ses formations continues. La formation de « tuteurs » de stage en référence à l’instruction DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016 relative à la formation des tuteurs de stages paramédicaux n’est pas organisée à l’école.
Par contre, nous avons des réunions régulières avec les référents de stage pour faire le point et échanger sur les changements dans la formation.
En septembre 2018, avec la mise en place du nouveau programme dans les écoles, la communication avec les terrains de stage, la formation des tuteurs des stages seront importantes puisque la formation par modules va laisser place à une formation par compétences.
L’AEEIBO participant au groupe de travail à la DGOS a proposé une Unité d’Enseignement spécifique pour pouvoir répondre aux missions d’encadrement et de tutorat. Ainsi les Ibode nouvellement diplômés pourront être tuteur au retour dans leurs établissements.

-C.I. – Nous avons parlé des différentes formations dispensées dans les écoles, mais une question importante doit aussi être abordée avec la ré-ingénierie de notre formation. Que va changer le passage en Master pour l’école d’IBODE? Et est-ce que cela va aussi entraîner une modification pour la VAE?

-D-M.A. – La réingénierie a redémarrée depuis le 31 mars 2017 avec un groupe de travail piloté par la DGOS. Sa mise en application est prévue pour la rentrée 2018.
Ce nouveau programme est une réorganisation du programme actuel adapté aux exigences universitaires et au grade Master.
Sa mise en place ne devrait pas être différente de celle de la formation des Iade ou celle des IFSI c’est-à-dire un conventionnement avec une université, certaines UE pilotées par des universitaires et des commissions d’attribution des ECTS.
Pour rappel, le Ministère de la santé via les DRJSCS délivre un Diplôme donnant une autorisation d’exercice du métier d’Ibode (métier réglementé) tandis que l’université octroie le niveau de formation en Master.
A ce jour, nous n’en savons pas plus.

Concernant la VAE :
Le référentiel de formation sera organisé par compétences à partir de septembre 2018. Dès lors, les tableaux de concordance des annexes V et VI de l’arrêté du 19 décembre 2016 vont disparaitre
Les candidats à la VAE n’ayant pas validé l’ensemble des compétences pourront venir dans les écoles suivre un cursus partiel comportant les enseignements théoriques et pratiques prévus dans l’arrêté de formation réingéniée.

-C.I. – Quel message aimerais-tu faire passer aux futurs IBODE qui vont fréquenteront les écoles d’IBODE?

-D-M.A. – Le métier d’infirmier de bloc opératoire est un métier passionnant et entier qui ne laisse pas de place à l’improvisation.
La formation initiale en IFSI ne prépare pas à son exercice et très souvent les premiers pas dans le bloc se font avec une intégration plus ou moins organisée et un apprentissage « sur le tas », par mimétisme.
Venir à l’école c’est venir chercher le pourquoi de nos gestes, c’est sécuriser notre prendre en soin des opérés mais c’est aussi venir chercher un métier à part entière avec des compétences spécifiques.
D’autant plus que les blocs opératoires se complexifient, l’environnement opératoire se complique, les techniques chirurgicales vont toujours plus loin, la chirurgie ambulatoire est en plein essor et les opérés sont de plus en plus fragiles …. Au regard de toutes ces composantes le métier Ibode évolue et l’IBODE reste un des piliers incontournable de la salle d’opération. Conscient des risques, il sait prévoir l’imprévisible, s’adapter aux évolutions et reste l’expert de la gestion des risques dans ce milieu protégé à hauts risques.
La formation Ibode est incontournable, elle permet aux Ibode de s’adapter aux changements et d’asseoir leur exercice sur des pratiques sécuritaires
La formation sert également à « aller voir ailleurs » dans d’autres blocs, à voir d’autres pratiques, d’autres organisations et surtout de rencontrer d’autres professionnels et d’agrandir son réseau professionnel.

-C.I. – Une dernière question, Corporation IBODE existe depuis 8 mois maintenant avec un groupe fermé sur le réseau social Facebook et un site web. Que penses-tu de cette initiative, créée dans le but d’aider les IBODE, élèves IBODE et IDE faisant fonction IBO dans la pratique quotidienne de leur métier au bloc opératoire, et leur permettre également d’exprimer leurs difficultés, leurs questions ou tout simplement de partager leur(s) expérience(s), leurs tâches quotidiennes?

-D-M.A. – Je pense que c’est une excellente initiative car il est important de faire connaître, de partager les savoirs et de mettre en avant les innovations.
Votre site apporte des éléments de contenus qui permettent à nos étudiants de parfaire leurs connaissances et pour les Ibode en poste de continuer à apprendre et de se tenir informé des évolutions des techniques chirurgicales et du métier.

A ce jour, il est important de se constituer un réseau pour diffuser des informations, partager des expériences, donner des avis, discuter sur des difficultés mais aussi sur des pratiques novatrices permettent de montrer le dynamisme d’un métier.
Le métier s’enrichit des expériences bonnes ou mauvaises de chacun.

Créer un réseau dans une vie professionnelle est important ; ce sont des échanges et des enrichissements permanents.
Comme vous dites si justement : « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

Créer et faire vivre un site est chronophage et en ce sens j’espère que les utilisateurs sont conscients du temps passé par les administrateurs.

Madame DEQUIDT-MARTINEZ Aline, Présidente AEEIBO et Directrice de l’école IBO de LILLE.


Corporation IBODE et l’AEEIBO ont acté une collaboration entre leurs deux sites web dans le but de partager les informations concernant  les ibode en activité et les ide en formation de spécialisation ( Ecole ibo et VAE).

Ce partenariat a été décidé lors du dernier CA de l’AEEIBO, en novembre, dans un soucis permanent de promouvoir la profession, la qualité et la sécurité des soins.

Corporation IBODE

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